Au début du 19ème siècle, le football est pratiqué principalement au sein des Public Schools.

Les Public Schools sont des écoles « secondaires » financées par des fonds privés, où sont éduqués les enfants de l’aristocratie et de la upper-middle class britannique, enfants dont le destin sera de diriger l’Angleterre, à cette époque en plein essor. Il s’agit principalement de Eton, Harrow, Westminster, Winchester, Charterhouse,… et évidemment… Rugby.

Ces écoles sont réputées, certaines comme Eton ou Harrow l’étant encore plus que les autres. Rugby, par exemple, est très peu fréquenté par l’aristocratie mais plutôt par l’upper-middle, classe issue principalement de la révolution industrielle. Rugby se situe dans la zone des Midlands, ceci pouvant expliquer cela.

Dans ces écoles, l’enseignement n’y est pas nécessairement de grande qualité. Le but premier est d’y tisser un réseau de relations, en vue de la future vie professionnelle.

Les élèves y sont en général assez indisciplinés et n’ont pas le plus grand respect pour leurs professeurs, issus en général de classes sociales inférieures à la leur. Des troubles éclatent régulièrement dans les écoles. En-dehors des heures de cours, les élèves sont totalement livrés à eux-mêmes et font leur propre loi, quand ils ne causent pas de dégâts au voisinage. Les relations entre les anciens et les nouveaux élèves sont également très dures, les nouveaux étant presque considérés comme les esclaves des anciens.

Les élèves jouent notamment au football pour s’occuper mais sans réelle structure.

Les manières de jouer au football varient d’une école à l’autre et avec parfois même plusieurs règles au sein de la même école. Il n’y a absolument aucune uniformité. Le « football » est une expression générale, décliné sous différentes formes plus ou moins violentes, en fonction également de la configuration des lieux des différentes écoles . On joue au « Wall Game » à Eton alors que l’on joue sur la prairie à Rugby.

Mais les choses vont changer au début des années 1830, principalement sous l’impulsion de Thomas Arnold, « headmaster » de l’école de Rugby de 1828 à 1841.

Le football va devenir un élément essentiel de l’éducation des jeunes hommes dans les Public Schools de Grande-Bretagne.

Thomas Arnold va utiliser le rugby pour « canaliser » tous ces jeunes voyous bien éduqués de la société anglaise en vue d’en faire de vrais gentlemen.
Il va développer la théorie du « Christianisme Musclé », théorie descendant d’ « un esprit sain dans un corps sain ».
L’essentiel dans l’enseignement à cette époque n’est pas de remplir la tête des collégiens par le savoir mais de les former à être capables de diriger, de se battre, de défendre les couleurs de l’Empire en pleine expansion.
Le sport, et le football en particulier, est un moyen d’atteindre cet objectif, , en leur inculquant toute une série de valeurs ( courage, fair-play, discipline, etc…).

Le succès sera réel en manière telle que les règles vont être codifiées au sein de l’école pour la première fois en 1845, soit après même le départ de Thomas Arnold.

Mais ce n’est pas uniquement Thomas Arnold qui va donner ses lettres de noblesse au « football tel que pratiqué à l’école de Rugby ». Ce qui va lui donner une énorme popularité c’est… un livre.

C’est un autre Thomas, Hughes en l’espèce, qui va écrire en 1857 ce qui sera le premier « roman scolaire » (précurseur d’un genre dont Harry Potter est certainement le plus célèbre exemple) à savoir « Tom Brown’s schooldays ».

Véritable best-seller de la littérature, vendu jusqu’en Australie, il décrit la vie au sein de l’école de Rugby, en ce compris l’activité sportive, et va transformer cette école en véritable référence éducative.

Pourquoi ? En 1861, l’Etat crée ce que l’on appellera la Commission Clarendon chargée d’enquêter sur l’état des neuf grandes écoles d’Angleterre à la suite de plaintes concernant la gestion d’Eton. Cette Commission fera les louanges de l’enseignement tel que donné à Rugby, notamment concernant les aspects sportifs. Reconnaissance officielle, popularité grâce à la littérature : le football tel que pratiqué à Rugby était devenu un phénomène incontournable.

En 1861, le football tel que pratiqué à Rugby est donc très populaire et sa valeur éducative est officiellement reconnue. Mais les autres écoles n’ont pas renoncé à leurs propres règles.

Les anciens élèves des différents établissements veulent également continuer à jouer à la sortie de l’école, que ce soit à l’université ou dans la vie professionnelle. Des clubs de « gentlemen » vont se créer, clubs qui vont jouer avec les règles pratiquées en fonction de l’origine de leurs membres.

Comment les choses vont-elles alors évoluer dans cette Grande-Bretagne qui va connaître à ce moment la période la plus prospère de son Empire ? Ces règles différentes vont-elles avoir un destin commun ?

A SUIVRE

Olivier Couvreur



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