Pour la grande majorité des quinzistes, c’est une espèce de rite de passage ludique, entre la fin de la journée à l’école ou au travail et un début d’entraînement avec consignes. Généralement, il sera lancé dans un esprit bon enfant, mais l’esprit de compétition reprendra ses droits. Un nouvel hors-jeu non respecté finira par mettre le feu au poudre, puis retombera aussitôt, les règles n’étant pas très bien vues à ce stade-ci. Cela va durer encore durer 10, 15, 20 parfois 25 minutes et se terminera jusqu’à ce que tous les joueurs se présentent sur le terrain. Alors, l’entraînement « officiel » pourra commencer.


C’est caricatural car certains coachs ont bien compris tout l’intérêt de maîtriser le touch et d’en imposer ses codes, mais ils sont loin d’être majoritaires et le lobby des joueurs est encore très puissant. Pour en discuter, Sportkipik a interrogé Mathieu Locus qui a l’avantage d’avoir connu les deux côtés. Côté pile, il a joué au rugby à XV pendant environ 20 ans. Au BRC d’abord, au BUC ensuite. Côté face, il joue au Touch depuis plus de 2 ans et, depuis quelques mois, est responsable de la section Touch de Boitsfort. Il a donc un certain point de vue sur ces deux sports cousins et nous en parle.


L’OPINION DE MATHIEU LOCUS


Quand je parle du Touch, c’est bien de ce sport organisé, réglé et structuré par la FIT (Fédération Internationale de Touch) et non du Touch d’avant-entrainement de rugby à XV. Le Touch et le rugby à XV sont en effet des sports venant de la même famille. Bien qu’étant plus proche du rugby à XIII, beaucoup de similitudes avec le rugby à XV sont évidentes. Néanmoins, chacun a ses propres spécificités et ses propres règles. Ce qui fait qu’un joueur de Touch ne sera pas complètement perdu en rugby à XV, et vice-versa.



Bien que le Touch et le rugby à XV soient des sports complémentaires, c’est le second qui connait un engouement indiscutable depuis plusieurs années en Belgique. Le nombre de licenciés a significativement augmenté, les infrastructures se sont développées, le niveau de jeu des équipes tend vers le haut, de saisons en saison, les écoles de jeunes produisent des joueurs qui se retrouvent au plus haut niveau, nos équipes nationales font des prestations extraordinaires, etc. On ne peut le nier, le rugby à XV est maintenant un sport reconnu à sa juste valeur dans notre pays.


Le Touch, lui, n’est encore pratiqué que par quelques dizaines de licenciés en Belgique, la fédération (Touch Belgium) n’est pas encore rodée malgré sa bonne volonté, la visibilité est pratiquement inexistante, le nombre d’arbitres et d’entraineurs qualifiés est encore trop faible, etc. C’est donc tout naturellement que la population va se tourner vers le rugby à XV car c’est lui qui est devenu, chez nous, la version la plus connue des sports de la famille du rugby. Qui n’a jamais entendu parler du Tournoi des 6 nations ou de la Coupe du monde ?
Histoire parallèle


Les difficultés que rencontre le Touch actuellement en Belgique, sont en fait quasi les même que celles du rugby à XV à ses débuts. Je ne dirai donc pas que le rugby snobe le Touch. Je dirai plutôt que le Touch n’a pas encore réussi à démontrer ses avantages pour mettre de la lumière dans l’ombre de son géant cousin, le rugby à XV.


Bien souvent, la première réaction qu’un joueur de rugby à XV a envers le Touch, c’est de le dénigrer. Et je l’avoue, j’ai moi-même réagi de cette manière avant de tenter l’expérience. Pourtant, ce discours est très souvent tenu par des personnes qui n’ont même jamais tenté l’expérience du Touch.


Je remarque que le style de jeu différent entre ces deux sports n’est en général pas compris par les joueurs de rugby à XV. L’absence de contacts, de combats, d’agressivité, de « tampons », de « bouchons », de « raffuts » etc. est clairement à l’opposé de l’évitement, des sprints continus, de la recherche permanente de l’intervalle, des contre-pieds explosifs, et autres, qui sont propres au Touch. Ces différences ne font pas de l’un ou l’autre, un sport plus « noble » ou quoi que ce soit. Ce sont simplement des jeux différents.


Ce manque de curiosité et d’intérêt est d’autant plus regrettable que n’importe quel joueur et entraineur de rugby me relisant quelques lignes plus haut, concernant les éléments propres au Touch, se rendra compte qu’effectivement, l’évitement, l’accélération, la création de l’intervalle, le changement d’appui, etc sont des qualités que tout joueur de rugby devrait posséder. Pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris, le Touch est bien un sport complémentaire au rugby.


Mais le Touch ne s’adresse pas uniquement aux joueurs et joueuses de rugby à XV ! De par son style moins « violent », il peut être pratiqué par un plus large public. Et qui sait, certain(e)s joueur(euse)s de Touch passeront plus volontiers au rugby ?


En guise de conclusion, le Touch et le rugby à XV sont complémentaires, ce n’est plus une surprise ! En Belgique, le Touch a encore beaucoup à prouver pour convaincre le monde du rugby, tandis que le rugby à XV a tout intérêt à s’intéresser davantage au Touch.
Fort heureusement, certains ont bien compris cela.


Quoi qu’il en soit, joueuses et joueurs de rugby à XV et de Touch sont empreints des mêmes valeurs sportives ! C’est peut-être cela le plus important.